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De la colère,
il n’y a pas d’autre mot, c’est bien le sentiment qui m’a envahi ce matin lorsque j’ai entendu sur France Info cette proposition obscène de déremboursement des médicaments pour les affections de longue durée faite par le directeur général de la CNAM.
S’agit-il encore d’un de ces ballons d’essai dont se délecte le gouvernement Sarkozy-Fillon ?
Alors certes au fil de la journée cette information s’est faite plus précise en ne mentionnant plus qu’un déremboursement pour les médicaments de « confort ». Mais peut-on imaginer un seul instant que ces médicaments à vignette bleue, traitant les effets secondaires du traitement principal ne soient que des médicaments de confort. Peut-on imaginer que ces diarrhées, ces constipations, ces migraines, ces vomissements,…, ne soient que des symptômes occasionnels ? Non ce sont pour la plupart des malades qui en souffrent une souffrance quotidienne et ce n’est certainement pas par plaisir qu’ils prennent des traitements pour se soulager, des traitements d’accompagnement et pas des traitements de confort, dont ils aimeraient bien se passer.
Alors ce soir Roselyne BACHELOT, ministre de la santé qui a réussi à faire une quasi unanimité contre elle à l’assemblée nationale, et invitée du JT de 20h sur France2 expliquait :
Que le danger pour la santé des malades n’était pas tant le déremboursement des médicaments mais le déficit de la sécurité sociale.
Que ce qui ne serait plus remboursé par la Sécurité Sociale devrait l’être par les assurances complémentaires (actuellement à l’étude entre la CNAM, les mutuelles et assurances privées)
Que pour ceux qui ne peuvent pas se payer une mutuelle, l’Etat mettrait en place un dispositif (extension de la CMU et CMU-C?)
Que la liste des maladies de longue durée doit être réétudiée de façon à l’alléger (pour faire des économies supplémentaires) Etc…
Alors mes pensées vont directement à ces huit millions de malades à qui on impose un stress supplémentaire dans ces effets d’annonce et dont on ne fait de leurs souffrances qu’une gestion purement comptable. Et cette comptabilité n’est orientée que dans un sens. Elle ne parle que de réduire les déficits en rognant sur les dépenses, et elle ne parle jamais de trouver de nouvelles recettes alors que chacun sait que les dépenses de santé ne peuvent qu’augmenter.
Bien évidemment, personne ne conteste la nécessité d’arriver à l’équilibre des comptes de la branche maladie pour garantir la pérennité de notre système. Mais pour arriver à cet équilibre il faut bien évidemment faire des économies là ou c’est nécessaire, et notamment en faisant la chasse aux abus de tout genre, mais aussi en innovant en matière de recettes. La taxation des produits financiers et des ordres de bourse, me parait être une piste à approfondir, hors de toute idéologie, alors que les volumes des échanges boursiers s’établissent à plusieurs milliards d’€uros chaque jour (6.3 milliards d’€uros échangés ce 24 juin 2008)
Or on se demande si l’objectif du gouvernement n’est pas de démanteler et de privatiser notre système de couverture sociale en transférant de plus en plus vers les assurances du privé, en tendant vers un système à l’américaine dont on connait parfaitement l’iniquité.
Il y a, je crois en matière d’injustice, des limites à ne pas franchir. Jacques Lequin