Nathalie Griesbeck sur le Taurillon.org à propos du Parlement européen : “je souhaite agir là où se décide
l’avenir”.
Nathalie Griesbeck, tête de liste dans la circonscription de l’Est, signataire du Pacte des Jeunes Européens, livre dans cette interview son sentiment sur les enjeux
auxquels le prochain Parlement européen aura à répondre durant les cinq prochaines années.
Le Taurillon : Pourquoi briguez-vous un mandat européen ?
Nathalie Griesbeck : Au cours du mandat qui s’achève, des législations extrêmement importantes ont été prises en faveur de notre indépendance énergétique, de
la lutte contre le réchauffement climatique ou encore pour un encadrement strict de l’utilisation des produits chimiques. Ces exemples montrent combien l’Europe n’est plus un rêve quand environ
70 % des législations qui régissent notre quotidien sont d’essence communautaire. L’UE est devenue l’échelon décisif, celui où se joue l’avenir des 450 millions
d’Européens. Je souhaite agir là où se décide l’avenir, plutôt que pavaner sous les feux des projecteurs !
Le Taurillon : Quelles sont selon vous les 3 priorités de l’Union européenne pour les 5 années à venir
?
Nathalie Griesbeck: Il faut désormais aller plus loin. La crise a montré combien la solidarité du peuple européen et la coordination de ses politiques
revêtent une importance considérable. Que serions-nous actuellement sans cet Euro pourtant si contesté ? Il nous faut tout d’abord désigner une nouvelle Commission
européenne capable de prendre en considération nos aspirations, pour mettre en œuvre les grands chantiers d’une Europe sociale, d’une Europe fiscale, d’une Europe protectrice des libertés
individuelles qui passe notamment par une politique européenne de Défense et de Sécurité.
Le Taurillon : Le Traité de Lisbonne revient sur la reconnaissance des symboles
européens, pensez-vous que cela soit une bonne chose ?
Nathalie Griesbeck: Bien sûr. Il est urgent de fédérer les Européens, de faire vivre l’identité européenne au travers des symboles dans lesquels s’incarne
notre Europe. Il ne faut toutefois pas en rester là : l’identité européenne doit également s’exprimer à travers des échanges réels entre les Européens. Il faut créer du lien, faire vivre cette
communauté de valeurs.
Le Taurillon : En tant que membre du Mouvement Démocrate et de l’ADLE, vous défendez
l’intégration des Etats et la méthode communautaire. Le Traité de Lisbonne, s’il est adopté, donne au Parlement le droit d’initier un processus de changement des traités. Pensez-vous pouvoir en
pratique l’utiliser pour renforcer le rôle du Parlement ?
Nathalie Griesbeck: Depuis 1979, Le Parlement européen est l’unique institution communautaire dont les membres soient élus directement par les citoyens de
l’Union. Les députés européens ont progressivement vu leur rôle et leur fonction au sein de l’espace institutionnel européen s’accroître à mesure qu’est montée en puissance l’institution qui
représente aujourd’hui plus de 450 millions de citoyens européens. Il est nécessaire de continuer dans cette voie afin de rendre l’UE encore plus démocratique et en
finir avec les compromis des Chefs d’Etat qui s’entendent derrière le rideau avec la bénédiction de Barroso.
Le Taurillon : Etes-vous en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne à
l’issue du processus d’adhésion ?
Nathalie Griesbeck : Nous devons renforcer les liens forts qui nous unissent avec ce pays ami. Néanmoins, la Turquie n’a pas
vocation à entrer dans l’Europe politique que nous construisons. Il est nécessaire de définir de façon claire les limites géographiques de l’UE. Alors que les négociations d’adhésion ont
commencé en 1973, peu de responsables politiques ont eu le courage de dire que la Turquie ne donne pas à l’heure actuelle toutes les garanties d’un Etat stable, garantissant le respect des droits
de l’homme, des libertés publiques et de la démocratie. Le manque de courage politique des uns et des autres est criant : l’UMP, qui prétend aujourd’hui s’opposer à la candidature de la Turquie,
a voté en faveur de l’ouverture des négociations d’adhésion en 2004.
Le PS s’est également prononcé pour ; son silence assourdissant sur cette question aujourd’hui
est néanmoins révélateur ! Il est en revanche urgent de mener une réflexion sur la création de partenariats privilégiés dans le cadre de la politique de voisinage.
Le Taurillon : Nombreux sont ceux qui critiquent les va-et-vient
des parlementaires entre Bruxelles et Strasbourg, l’idée de Bronislaw Geremek de construire la première Université d’Europe à Strasbourg vous paraît-elle intéressante ?
Nathalie Griesbeck : Il existe déjà une école doctorale européenne à Strasbourg, et je suis naturellement favorable à ce que l’UE dote cette université de
davantage de moyens au service de nouveaux partenariats de recherche ou de technologies performantes.
J’ai beaucoup d’estime pour mon regretté ami Bronislaw Geremek. Cette université européenne est
toutefois une fausse bonne idée, qui ne peut remplacer le transfert de toutes les activités du Parlement à Strasbourg, au cœur de cette terre pétrie d’histoire et hautement symbolique pour une
Union européenne qui regarde vers l’avenir sans oublier ses racines. Si l’on considère que le Parlement doit ne travailler que dans un seul lieu, ce sera assurément
Strasbourg.
Le Taurillon : Comment se traduira concrètement votre projet de politique plus
humaniste au niveau européen ?
Nathalie Griesbeck : Il faut remettre l’homme au cœur de toute action politique. Cette vision humaniste, que nous mettons au
centre de notre engagement, se traduit dans les ambitions du MoDem pour la nouvelle législature. Toutes les politiques européennes sont concernées. Nous nous battons par exemple pour
remettre l’homme au cœur de la gestion des effets de la crise économique et financière, avec un grand emprunt européen et une coordination européenne ambitieuse de la gestion de la crise qui
permettraient d’aider ceux qui en sont les premières victimes. Ce sont les députés européens MoDem qui ont soutenu l’idée du grand emprunt européen au sein du Parlement européen.
L’économie de nos pays ne peut pas être basée sur une économie uniquement
spéculative, qui n’est pas fondée sur une création de valeur réelle, créée par l’homme. Nous souhaitons également que l’exigence sociale, et notamment l’harmonisation progressive des politiques
fiscales et sociales, devienne une priorité des politiques européennes. La transparence des décisions, la participation du citoyen sont d’autres exemples de dispositifs que nous souhaitons mettre
en avant, afin que l’Europe soit aussi, et surtout, l’Europe des citoyens.